Quatre projets pour un journalisme nouveau

La formation des étudiants en journalisme est en constante évolution, pour suivre avec un certain mimétisme, et même devancer, les avancées du métier en lui-même. Les nouvelles technologies sont au centre des enjeux. Par la présentation de quatre initiatives de différentes écoles (le CFJ, l’IJBA, l’EDJ Sciences Po, et EDJG), le débat « Quand les étudiants en journalisme innovent » qui s’est déroulé à l’Arsenal de Metz lors des Assises du journalisme, est venu le confirmer. Retour sur quatre projets qui réinventent à leur façon le journalisme, et qui prouvent que la relève a des idées.

Mathieu Lehot étudiant à l'IJBA, sous les yeux d'Edith Remond, responsable du Master, a présenté la démarche de son enquête sur Les Saisonniers. Un exemple d'application du datalab développé à Bordeaux. (Photo Nathan Gourdol)

Mathieu Lehot étudiant à l’IJBA, sous les yeux d’Edith Remond, responsable du Master, a présenté la démarche de son enquête sur Les Saisonniers. Un exemple d’application du datalab développé à Bordeaux. (Photo Nathan Gourdol)

L’IJBA, les données, c’est la clé

On peut être intéressant sans trop édulcorer et en se tenant aux chiffres. Avec leur site DataJournalismeLab, les étudiants de l’Institut de Journalisme de Bordeaux-Aquitaine ont misé sur le data journalisme. Celui-ci consiste à vulgariser des données pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Ces datas, ou données, ou chiffres, sont observés, analysés, filtrés et mis en relief puis accompagnés d’un contexte pour en déduire du sens. Il faut ensuite clarifier pour que l’info apparaisse. Une démarche récente, sur laquelle Bordeaux a choisi de mettre l’accent. Mathieu Lehot, l’un des étudiants qui a participé au projet, l’a présenté en se basant sur un exemple concret, celui des saisonniers de la région Aquitaine qui bénéficient majoritairement du RSA. Exigence et rigueur sont les maitres mots pour mener à bien ce projet ambitieux. En effet, cette forme de journalisme, de plus en plus enseignée aux étudiants, exige un grand professionnalisme. Maniant astucieusement nouvelles technologies et terrain, le data journalisme est en train de s’inscrire durablement dans le monde journalistique. Avec ce projet, l’IJBA donne donc à ses étudiants une vraie spécialisation, qui pourrait bien devenir une carte essentielle à placer dans son jeu à l’avenir.

Le Quatre Heures du CFJ, de l’information à déguster

Le récit journalistique a de beaux jours devant lui…sur le web. Dans le secteur du grand reportage, treize étudiants viennent d’essayer de faire collaborer ce style journalistique avec le web : Le Quatre Heures. En créant ce site, leur idée était de produire un des premiers médias en ligne de slow-info. Le rendu est saisissant. Ce sont des histoires qui sont racontées, mais toujours avec la rigueur journalistique appropriée. Charles-Henri Groult, l’un des treize dévoreurs d’info, explique simplement le projet : «Chaque mercredi, le site donne rendez-vous aux lecteurs à 16 heures, pour un reportage réfléchi, au long cours, avec de l’enquête, et où les formats s’entremêlent ». Les étudiants franchissent les frontières, pour des images dépaysantes, analysées, et présentées de manière à captiver le lecteur. Ce n’est pas un carnet de voyage, mais bien une immersion.

L’EJDG, du web-doc et du décalé

À l’Ecole de Journalisme de Grenoble, on utilise aussi la toile comme moyen d’information. Les étudiants doivent réaliser en groupe des blogs informatifs sur des sujets divers et variés. Avec la collaboration d’un graphiste et d’une directrice de projet multimédia, les étudiants s’essaient à de nouvelles techniques pour mettre en forme l’information. « Avant de se lancer, les étudiants doivent avoir choisi leur angle et visualiser le projet. Il est important de déterminer la plateforme interactive qui sera mise en place. Chaque projet teste, essaye, innove et propose de nouvelles formes visuelles», assure Florent Bouchardeau, journaliste formateur. Ce projet incite les étudiants à utiliser les nouveaux outils numériques pour traiter l’information. Ces dernières années, les étudiants grenoblois ont fait preuve d’originalité pour aborder des sujets sérieux, comme les élections américaines opposant Mitt Romney à Barack Obama, voir ici. Un sujet traité de façon décalée avec des caricatures des deux hommes politiques et des combats de tweets de leurs partisans. Visiblement cette touche innovante, tout en traitant l’actualité sérieusement, a séduit les journaux puisque le blog a été hébergé sur le site Les Inrocks. D’autres sujets ont été traités avec la même pensée, celle de l’innovation, comme le débat sur le mariage pour tous ou encore les présidentielles françaises en 2012.

Alice Antheaume, responsable de la prospective à l'Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris, écoute son élève Lucie Ronfaut parler de l'intérêt du code (Photo Nathan Gourdol)

Alice Antheaume, responsable de la prospective à l’Ecole de Journalisme de Sciences Po Paris, écoute son élève Lucie Ronfaut parler de l’intérêt du code (Photo Nathan Gourdol)

Le code, le pari gagnant de Sciences Po

L’une des écoles les plus renommées de Paris enseigne désormais un langage un peu étrange pour beaucoup d’entre nous : le langage HTML. En première année de master, tous les étudiants reçoivent une initiation au code informatique. « Pouvoir afficher dans un CV qu’on maîtrise le code, donne aujourd’hui un avantage certain sur les recrutements », garantit Alice Antheaume, directrice adjointe de l’école de journalisme de Sciences Po Paris. Cet apprentissage fait la spécificité de l’établissement. En deuxième année de master, l’école propose également des cours « plus poussés » pour apprendre le PhP et le CSS aux étudiants spécialisés dans le web. « Avec ce cours de contenus et code, on peut apprendre les bases de l’architecture d’un site web et ainsi créer nos propres projets (sites de presse, infographies) en autonomie », précise Lucie Ronfaut, étudiante à Sciences Po Paris. Pour elle, les étudiants en journalisme sont encore timides face au web. Cependant pour la directrice adjointe, pas question de toucher à certains cours fondamentaux. « Notre mission est de garder un socle, composé de la culture des médias, des cours d’écriture etc., et d’y rajouter ces cours plus maniables. C’est un ajustement en permanence. »

Ce projet novateur qu’est l’enseignement du code, sera développé lors de la conférence. « Un outil formidable pour rendre notre information accessible au plus grand nombre. »

Axel Bluteau

Nathan Gourdol

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