Les politiciens pourraient bientôt arrêter de mentir

Le fact-checking à l’américaine aura été source d’admiration ce mercredi 6 novembre après-midi aux Assises du journalisme, qui se déroulent à Metz. Cory Haik, rédactrice en chef et productrice du numérique Washington Post, a présenté le Truth Teller, un système de vérification de l’info en temps réel. Le fact-checking à l’européenne était représenté par Samuel Laurent des Décodeurs du Monde, Baptiste Bouthier de Désintox (Libération) et Loïs Siggen Lopez de Factuel pour RTS (Radio Télévision Suisse). Ils ont pu développer face au public l’intérêt du fact-checking et partager leurs expériences dans leurs différents médias et pays.

La pétillante Cory Haik a présenté le Truth Teller (crédit S.H.)

La pétillante Cory Haik a présenté le Truth Teller (crédit S.H.)

« Le Truth Teller, c’est celui qui dit la vérité. Et c’est un logiciel qui va maintenant faire ce travail », déclare Pierre Haski. journaliste et co-fondateur de Rue89. Effectivement, l’idée de Cory Haik, à l’origine de la conception du logiciel Truth Teller, est de vérifier que des politiciens américains disent bien la vérité lors de déclarations publiques, en temps réel. Pour que cela soit possible, il faut que l’ordinateur soit abreuvé constamment de données. A partir de celles-ci, classées dans une base, et d’un discours politique en vidéo, le travail de fact-checking va s’opérer grâce à un système d’algorithmes. « Une fois qu’on a toutes les données, il faut transcrire la vidéo en texte écrit. Pour l’instant c’est très lent mais on essaye de faire en sorte que ça soit plus rapide », souligne Cory Haik. Chaque fois que le Truth Teller détectera une affirmation, le logiciel va aller dans la base de données pour la vérifier. Le discours défile en même temps que la vidéo du discours et le Truth Teller révèle si l’affirmation est vraie ou fausse.
« L’idée est qu’un citoyen lambda puisse filmer le discours d’un politicien au fin-fond des États-Unis avec son smartphone. Il l’envoie ensuite sur le Truth Teller pour qu’on puisse lui dire si ce politicien dit la vérité », explique Cory Haik. « Il y a quand même un vrai travail humain derrière le logiciel. On peut dire qu’on allie le travail du journalisme avec le meilleur de la technologie », se félicite la journaliste américaine. « Ça correspond à ce que nous faisons à taille humaine », réagit Samuel Laurent. Pour Loïs Siggen Lopez, « ça relève du fantasme, on est encore très loin en Europe de ce qui est fait aux États-Unis ». Il ne faut pas perdre de vue que le fact-checking, tout anglicisme qu’il est, doit être une préoccupation première de n’importe quel journaliste. Un fait, une donnée, un événement doit, avant d’être repris dans un média, faire obligatoirement l’objet d’une rigoureuse vérification du journaliste. Sans cette base du métier, on ne pourrait parler de confiance entre le professionnel et son lectorat et le journalisme n’aurait pas de raison d’exister.

Failles et apports du fact-checking

La remarque vient de la salle : « C’est très catégorique comme système. C’est vrai, ou c’est faux. Et c’est tout ». Le Truth Teller du Washington Post ne fait pas dans la nuance. Qu’en est-il alors des vérités qui évoluent, des zones grises, des propos à nuancer ? Cory Haik admet que c’est une faiblesse du système, mais son équipe y travaille. C’est moins le cas pour les trois autres intervenants car il n’y a pas la nécessité du temps réel. Les fact-checkers prennent le temps nécessaire pour vérifier, enrichir, compléter, nuancer, illustrer les faits dont il est question.
Les personnes publiques et politiques en sont les cibles principales. En se focalisant sur une poignée de personnages publics très exposés, n’y a-t-il pas un risque de se voir accusé d’être partisan lorsqu’on vérifie systématiquement leurs propos ? « On m’accuse d’être de gauche ou de droite cinquante fois par semaine, témoigne Samuel Laurent. Quand je fais un article sur Mélenchon, tous les trolls de Mélenchon vont commenter et m’accuser d’être soumis au capitalisme. Bon… » Cory Haik confie ne pas avoir fait l’objet de telles critiques. « Pendant les élections par exemple, au final on sait qu’ils mentent. Ils mentent tous les deux ! Et on vérifie les faits pour les deux. Mais l’un d’entre eux est élu quand même. »
Quant à « fact-checker » les dires et écrits des médias, c’est une toute autre question. Samuel Laurent : « Ça nous placerait dans une position de police des polices, c’est délicat. Et puis Arrêts sur images le fait déjà très bien. »
On pourrait même imaginer l’instauration d’une collaboration internationale entre journalistes. Ils mutualiseraient les informations en partageant des bases de données. Par ville, région, pays, pourquoi pas à l’échelle mondiale ? La collaboration globale est un sujet récurrent des Assises, et sans doute une voie possible pour réinventer le journalisme.

Simon Hue
Lucie Hovhannessian

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