Syrie : un débat au cœur de l’actualité

 Il y a des débats plus émouvants que d’autres. « Photographier la guerre en Syrie », débat qui s’est tenu ce mercredi 6 novembre après-midi à l’Arsenal, était de ceux-là.

« Photographier la guerre en Syrie » était le thème d’un des débats de ce mercredi. Photo J.M.

 

D’abord en raison des invités qui ont débattu deux heures durant. Tout le monde se souvient d’Edith Bouvier, grand reporter indépendante dont la jambe avait été lourdement blessée dans l’explosion d’un obus à Homs en 2012. Pendant neuf jours, la jeune femme était restée coincée en Syrie tandis que la France retenait son souffle…

A ses côtés pour débattre ce mercredi, Ammar Abd Rabbo, reporter photographe indépendant franco-syrien. Il a mis « 18 mois à trouver la porte d’entrée » de la Syrie, certains concitoyens n’acceptant de lui faire franchir la frontière qu’à la condition qu’il défende, arme en main, son pays. « Il a fallu insister sur le fait qu'[il était] journaliste » pour décrocher un ticket d’entrée destination l’enfer.

Autre participant, autre histoire. Lucas Menget, animateur du débat et rédacteur en chef d’i>Télé, était un ami de Claude Verlon, l’un des deux journalistes de RFI lâchement assassiné samedi dernier au Mali par AQMI. En début d’après-midi, il a rendu un dernier hommage à son confrère au musée du Quai Branly à Paris.

Agnès de Gouvion Saint-Cyr, autre participante et Commissaire de l’exposition « Photographier la guerre », a confié en début de débat avoir beaucoup de respect pour ses confrères. « Je ne connais pour ma part la guerre que par ma date de naissance et les bombardements dans ma ville. », se rappelle la férue d’images.

Enfin, Philippe Desmazes, reporter photographe à l’AFP, a également pris part au débat. « J’ai des images de conflits qui me reviennent de temps en temps. Je ne veux pas qu’elles m’obsèdent. », témoigne celui qui essaie de prendre du recul. « Il ne faut pas s’attacher. Je mets mes sentiments mais pas mon cœur. »

L’empathie amène l’émotion

Selon Reporters sans frontières, 110 journalistes seraient morts en Syrie depuis le début du conflit. On dénombre actuellement 14 journalistes otages, dont quatre Français. Dans ce contexte, le parterre de journalistes qui assiste au débat prête une attention particulière à une situation qui les concerne de près. L’empathie est au rendez-vous. Et avec elle un certain émoi chez les spectateurs. D’autant que depuis quelques années, « la guerre est devenue médiatique, et le journaliste une cible », constate Ammar Abd Rabbo, pour qui le rôle du reporter est de montrer les horreurs de la guerre – « photos crues de cadavres en viande hachée » exclues – mais aussi « la vie dans les lieux de mort ». Pour le journaliste franco-syrien, « toute trace de vie dans ce pays est intéressante à montrer ». Preuve en est la réaction de l’assistance – hilare – à la vision d’un cliché du photographe sur lequel est représenté un toilette où est apposée une image de Bachar El Assad. Conclusion : traiter avec légèreté de sujets graves n’est pas incompatible avec le journalisme. C’est parfois même salutaire face à la tragédie.

Jérôme Morin

Charlotte Palau

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