Pigistes et DRH, un fossé à combler

Le statut de pigiste est un statut délicat. S’il est un choix pour certains journalistes, il est souvent une contrainte à la sortie des études. Mercredi matin (6 novembre) aux Assises du journalisme à Metz, le sujet a été abordé et vivement discuté avec Bruno Crozat, journaliste et membre de Profession Pigiste, David Sallinen, directeur de la formation Wan-Ifra, Elise Descamps, journaliste pigiste et déléguée du personnel Bayard Presse, Marc Gommez, DRH Groupe Editialis et Christelle Yung, DRH Uni Editions. Le gros constat, c’est que les pigistes sont souvent mis de côté, oubliés par les rédactions et leurs cadres. Il faut travailler à une éducation des rédacteurs en chef et établir une réelle relation des pigistes avec les ressources humaines.

Les intervenants s'étaient mis à la hauteur du public pour un débat plus convivial. Crédit : L.H.

Les intervenants s’étaient mis à la hauteur du public pour un débat plus convivial. Crédit : L.H.

Combattre les dérives

« La pige est liée à la précarité, on n’arrive pas à en sortir. » C’est avec ce constat que Bruno Crozat lance la discussion. Le problème du pigiste n’est pas seulement financier. Il réside aussi dans sa place dans la rédaction du ou des médias pour lesquels il travaille. Une place inexistante. « J’ai l’impression d’être le bouche-trou, la dernière roue du carrosse » témoigne un journaliste de la salle. Des détails participent à l’ostracisation des pigistes : ils ne sont pas sur les listes de diffusion de mail, ils n’ont pas d’adresse e-mail professionnelle, ils ne sont pas tenus au courant de changements de personnel, de maquette, ils ne sont pas toujours conviés aux conférences de rédaction,… et quand ils sont informés, c’est toujours au dernier moment. Christelle Yung pointe le fait qu’il est difficile de les intégrer complètement car, souvent, les pigistes travaillent pour de multiples rédactions. 

« Il faut éduquer les rédacteurs en chef aux bonnes pratiques » conseille Bruno Crozat. Elise Descamps évoque un exemple de pratique qui nuit aux pigistes. « Les rédactions préfèrent former les journalistes intégrés plutôt que de faire appel à des pigistes qui ont déjà ces compétences. » Anecdote complétée par une intervention dans la salle : « On n’embauche pas les pigistes pour leurs compétences mais pour réduire les coûts. » 

Une relation avec les ressources humaines essentielle

Marc Gommez a remarqué une « scission entre journalistes intégrés et pigistes. On est en train d’essayer de changer ça, de rétablir une connexion. » David Sallinen précise le rôle des ressources humaines : « Les RH sont indispensables aux groupes de presse pour les accompagner dans la transition numérique et pour apporter les bonnes compétences au bon moment. » L’un des signes de cette collaboration difficile entre pigistes et DRH est l’entretien d’évaluation. « Quand j’en propose, pour 99% des journalistes c’est un non catégorique, explique Marc Gommez. Alors que c’est essentiel pour savoir vers quoi évoluer, où on en est dans la profession. » D’après Elise Descamps, « il y a une peur, une appréhension que ce soit un prétexte pour cesser la collaboration. » 

Une autre solution pour créer une passerelle serait d’instaurer des temps d’échange et de rencontre. « Je ne rencontre pas beaucoup les pigistes, je n’ai des contacts avec eux que par l’administration. Il faut plus partager avec eux » continue Marc Gommez. Bruno Crozat s’étonne quant à lui qu’il n’y ait qu’un seul débat sur le sujet au cours des Assises. « J’espère qu’on en reparlera en 2014. Il faut qu’on se demande ce que sera le pigiste de 2025. » 

Lucie Hovhannessian

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