Alexandre Sirois : « Donner aux lecteurs des moyens différents d’accès à l’info »

Après avoir obtenu un baccalauréat en communication au Québec et fait des études supérieures en journalisme international (Université Laval et École supérieure de journalisme de Lille), Alexandre Sirois a, entre autres, été chroniqueur parlementaire à Ottawa pour La Presse, le plus important quotidien francophone d’Amérique du nord, avant de se joindre à la rédaction de La Presse en 2000. Après avoir couvert la santé et la politique, il est devenu correspondant à Washington. Il dirige actuellement les pages monde à La Presse où il est responsable d’un groupe de réflexion qui vise à renouveler les formats de présentation de l’information.

Simon Hue : Est-ce que la culture du journalisme est la même au Québec qu’en France ?

Alexandre Sirois : Essentiellement oui. A la base, trouver des informations d’intérêt public et les publier pour permettre au citoyen d’être informé. Il s’agit donc d’œuvrer, en démocratie, pour que les lecteurs soient des citoyens éclairés. Donc oui, la culture journalistique reste essentiellement similaire en Amérique du nord et en Europe.

S.H. : Essentiellement… C’est-à-dire qu’il y a tout de même des différences ?

Alexandre Sirois : "Nous, journalistes, nous devons bouger, nous devons évoluer" (Crédit : Editions La Presse)

Alexandre Sirois : « Nous, journalistes, nous devons bouger, nous devons évoluer » (Crédit : Editions La Presse)

A.S. : La chose qui nous différencie probablement c’est qu’en France il y a une aide publique. L’État va aider plusieurs médias financièrement. En Amérique du nord, c’est pas une tradition. Mais à ce niveau, je ne vois pas énormément de différences entre nos façons de faire. Il y a une chose que j’ai vue, c’est lorsque le président Sarkozy a demandé aux journalistes à voir les questions avant une interview et qu’il les a choisies. Ça, au Québec c’est impensable.

S.H. : En France, le public a du mal à faire confiance au journaliste, qu’en est-il au Canada ?

A.S. : Je n’ai pas vu d’études au Canada liées au Québec. Je sais qu’aux Etats-Unis, c’est la même chose. Je ne dirais pas que les journalistes sont mal vus mais ils ne sont pas aussi populaires qu’ils l’étaient. J’ai l’impression qu’il y a un reflet de ça au Québec et au Canada aussi, je pense que les journalistes ont aussi perdu des plumes dans l’opinion publique. Mais il est important de rappeler que même si les gens sont critiques face aux journalistes, une large majorité des citoyens, qu’ils soient au Québec, au Canada ou en France, continuent de faire confiance aux journalistes pour avoir une information de qualité et véridique. Ils sont plus méfiants sur ce qu’ils peuvent trouver sur les réseaux sociaux ou ailleurs sur le web qui ne sera pas associé à un média crédible. Donc oui, il y a une perte de confiance ou un regard plus critique qui est posé sur les journalistes et sur leur travail. Mais il reste que nous, les journalistes et les grands médias, sommes encore la référence et c’est tant mieux.

S.H. : Plus tôt dans la journée, en conférence, vous parliez de « réinventer le journalisme » qui semblait être votre préoccupation. Ça passe par quoi ?

A.S. : Premièrement, il faut qu’une chose soit bien claire. A la base, le journalisme doit être de qualité. Le journalisme doit livrer de l’information substantielle au citoyen donc livrer de la nouvelle d’intérêt public, livrer des enquêtes, des nouvelles exclusives, permettre aux lecteurs de comprendre, de voir, de savoir ce qui se passe dans leur société mais aussi de comprendre. C’est peut être là qu’on peut réinventer, c’est à dire permettre aux lecteurs de mieux comprendre donc de faire plus de ce côté-là. Mais je pense qu’on doit aussi, et c’est ce qu’on essaye de faire avec La Presse +, réinventer au niveau de la présentation. C’est à dire qu’après quelques décennies de lecture d’informations sur le web, il n’y a qu’à mentionner Twitter qui permet au citoyen d’informer en 140 caractères ou moins, c’est très peu, et bien nous, journalistes, nous devons bouger. Nous devons évoluer. On doit permettre au lecteur d’aller en profondeur, plus en profondeur, de mieux comprendre et de leur donner des moyens différents d’accéder à cette information. On peut encore avoir un texte mais parfois, on peut être encore plus efficaces pour leur parler d’une nouvelle avec une infographie ou une galerie photo avec quelques légendes. Cela, seule la tablette nous le permet. C’est en ce sens que nous, à La Presse +, on essaye de réinventer le journalisme.

Propos recueillis par Simon Hue

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